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L'île aux Lièvres au solstice d'été

Mer, 26 juin 2019

S'offrir un premier séjour sur l'île aux Lièvres, c'est mettre le doigt dans un engrenage : la quête répétée d'un grand bonheur que seul le contact avec la pleine nature peut procurer. Quelque chose comme le bien-être de Robinson Crusoé, enfin apprivoisé par son île qui le nourrit, l'abrite, l'enchante. Un fantasme sorti tout droit de d'enfance.

Je parlais d'engrenage car, si possible, on retourne à l'île aux Lièvres d'année en année. Chiffres à l'appui! Le quart des visiteurs interrogés dernièrement ont déjà foulé les sentiers et grèves de l'île auparavant. Ils y vivent un moment suspendu, dans un lieu entre parenthèses, sans asphalte ni cônes oranges, où une faune ailée, grouillante, niche et piaille depuis des millions d'années.

Du pont du bateau qui menait à l'île en ce tout début d'été, je n'y ai jamais vu autant de marmettes et de petits pingouins sur l'eau, à la pêche. Ils se tenaient entre les petites îles du Pot à l'Eau-de-vie où ils font leur nid, et la longue île aux Lièvres qui s'étire à proximité. Le fleuve à marée montante léchait les rochers, plat et lent comme une nappe d'huile. À fleur d'eau, les cris des oiseaux portaient au loin. Au sommet des corniches, des branches d'arbres rabougris ployaient sous le poids des nids de cormorans. Quelques guillemots à miroir, des goélands, des mouettes tridactyles et de gros eiders complétaient ce tableau maritime.

La Société Duvetnor qui gère les îles a été créée en 1979 par une poignée de biologistes dans le but de protéger la faune très riche qui y vit.

Au quai, après le mot de bienvenue d'usage, j'ai endossé mon sac et marché les quatre kilomètres qui mènent au camping des Cèdres. Il y a là une fenêtre grande ouverte, sur 180o au moins, vers le large, la voie maritime, les montagnes de Charlevoix, le coucher du soleil. Le fleuve y exhale tous ses parfums. Des bihoreaux, ces oiseaux qu'on ne voyait presque plus ces dernières années, faisaient la navette entre deux grèves voisines. L'envie de marcher un peu vers un bout de plage avant de monter la tente m'a donné à constater une hécatombe de caplans venus rouler à la faveur de la dernière marée pour pondre leurs œufs dans le gravier … sans retour à la mer, ni à la vie. En l'absence de vagues, les bélugas se sont faits discrets. Des bouquets de persil de mer jaillissaient entre les couches de schiste rouge et vert. Quelques feuilles allaient parfumer le beurre à l'ail qui accompagnerait mon souper de homard. Une grive, toujours aussi mélodieuse, allait clore cette soirée de solstice.

L'île aux Lièvres, longue de 13 km, offre un réseau de 40 km de sentiers. Des départs quotidiens en bateau à partir de la marina de Rivière-du-Loup, de juin à octobre, donnent la possibilité d'une balade d'une journée. Quelques chalets, une auberge et des aires de camping dont plusieurs à proximité du quai permettent d'y séjourner plus longtemps. Il y a également possibilité d'hébergement au phare sur la petite île du Pot à l'Eau-de-vie.

Au matin, avant même d'ouvrir l'œil, une corne de brume annonçait le décor. En sortant de ma tente, dans le brouillard épais et frais, une crèche d'une bonne quarantaine d'oisillons s'est précipitée dans l'eau sous les ordres de quelques mères eiders. Un navire surchargé de conteneurs émergeait d'un nuage au loin. Une image digne d'un conte. Peut-être en route vers la Chine … depuis Lachine? J'ai à nouveau endossé mon sac et tourné mon attention vers le sentier forestier qui me ramenait au quai. Là aussi, la vie palpitait. Des centaines d'escargots caracolaient sur le chemin. Il aurait fallu marcher sur la pointe des pieds pour n'en écraser aucun. Une mère perdrix, jabot, huppe, poitrail et queue gonflés ou déployés à bloc m'a barré la route, sûre de me faire fuir loin de ses petits. J'ai obéi aussitôt.

Ici s'achève mon récit. Les bons mots des membres du personnel de Duvetnor, leur sourire propre à ceux qui aiment leur travail, la vingtaine de minutes de traversée vers le quai de Rivière-du-Loup : voilà le coussin, la piste d'atterrissage sur le parking qui impose une autre réalité.

Info : duvetnor.com